Zadie Smith, « De la beauté » et du talent

Il y a dans l’écriture de Zadie Smith une élégante insolence, comme un soupçon de causticité mêlé à une tendresse sans fin pour ses personnages, anti-héros par excellence. Née à Londres en 1975, Zadie Smith est âgée de 25 ans lorsqu’elle publie son premier roman Sourires de loup, aussitôt acclamé par la critique et le public. Plusieurs prix littéraires lui sont alors décernés, saluant l’aisance rédactionnelle et l’approche originale d’un auteur jusque-là inconnu.

Évoluant sur le thème de la famille et des liens entre individus, Sourires de loup (titre original : White Teeth) narre avec humour les aventures de personnages imparfaits se croisant tout au long du livre et développant amitiés ou ressentiments. Leurs petits et grands malheurs sont raillés avec la même impertinence, offrant au lecteur une distance confortable permettant de regarder chaque mésaventure d’un œil amusé. Les situations grotesques mêlées à d’émouvantes anecdotes créent une histoire furieusement drôle aux personnages attachants, recette que Zadie Smith utilisera à nouveau dans De la beauté, son roman phare.

De la beauté, la consécration

Publié en 2005, trois ans après un autre roman passé plus inaperçu (L’homme à l’autographe), De la beauté est inspiré du livre Howards End de l’écrivain anglais E.M. Forster. Deux familles aux pères ennemis se côtoient entre le Royaume-Uni et les USA dans cette histoire où les antagonismes font resurgir les fantômes du passé. Tandis que Monty Kipps et Howard Belsey, tous deux professeurs renommés à l’Université de Wellington, se déchirent à propos des peintures de Rembrandt, leurs femmes se lient d’amitié et leurs enfants entrent peu à peu dans la vie adulte. Autour de cette galerie de personnages atypiques, viennent se greffer des individus et des situations bouleversant la vie de chaque famille. Zadie Smith nous fait évoluer parmi ces êtres tour à tour attachants et pathétiques avec une verve pleine d’humour et un style inimitable.

A travers les instants de vie des Belsey et leurs interactions avec les membres de la famille Kipps, De la beauté décrypte les relations familiales, sentimentales et amicales de manière féroce et réaliste, n’épargnant aucun personnage dans ses portraits pleins d’ironie. Au fil du livre, les caractères se dévoilent et les individus s’émancipent sans jamais oublier leurs racines. La beauté réside justement dans cette faculté à insuffler de la nouveauté dans un quotidien morose, et en ce sens les personnages parviennent à embellir les pages de ce roman dont la lecture est aussi agréable qu’enivrante.

 

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